@book {414,
	title = {Po{\'e}sie et r{\'e}alit{\'e}},
	year = {1987},
	pages = {56},
	publisher = {Les {\'E}ditions Lettres vives},
	organization = {Les {\'E}ditions Lettres vives},
	edition = {Terre de po{\'e}sie},
	address = {Paris},
	abstract = {<p>R{\'e}sum{\'e} descriptif:</p><div>Dans Po{\'e}sie et r{\'e}alit{\'e}, le po{\`e}te argentin Roberto Juarroz s\&rsquo;interroge sur le sens profond de la po{\'e}sie. Nourrissant sa r{\'e}flexion de celles d\&rsquo;autres auteurs, il emprunte, dans ce court essai, deux voies distinctes et compl{\'e}mentaires : l\&rsquo;une qui examine le rapport de la po{\'e}sie {\`a} la r{\'e}alit{\'e} et l\&rsquo;autre qui l\&rsquo;exprime par des po{\`e}mes.\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>Juarroz postule d\&rsquo;entr{\'e}e de jeu que la po{\'e}sie, particuli{\`e}rement la po{\'e}sie moderne, a pour fonction premi{\`e}re de briser les certitudes et d\&rsquo;op{\'e}rer une ouverture dans la r{\'e}alit{\'e}. Qu{\^e}te fondamentale de l\&rsquo;impossible, la po{\'e}sie \&laquo;cultive les fissures\&raquo; (p. 22), elle est une rupture n{\'e}cessaire puisqu\&rsquo;elle permet de d{\'e}passer la r{\'e}alit{\'e}, de la cr{\'e}er. C\&rsquo;est ainsi que la po{\'e}sie se d{\'e}finit, mais surtout qu\&rsquo;elle se vit comme un art de l\&rsquo;impossible, une \&laquo;recherche constante de l\&rsquo;autre c{\^o}t{\'e} des choses, du cach{\'e}, de l\&rsquo;envers, du non-apparent, de ce qui semblait ne pas {\^e}tre\&raquo; (p.36). Mais, loin de laisser derri{\`e}re elle une r{\'e}alit{\'e} fragment{\'e}e et divis{\'e}e, la po{\'e}sie recompose le r{\'e}el et lui redonne son unit{\'e} d\&rsquo;origine. Nouveau bapt{\^e}me du r{\'e}el et de l\&rsquo;{\^e}tre, Juarroz envisage la po{\'e}sie comme \&laquo;le plus grand r{\'e}alisme possible, [...] fondant les {\'e}l{\'e}ments dispers{\'e}s d\&rsquo;un tout\&raquo; (p.20). Elle propose en fait un \&laquo;absolu r{\'e}el\&raquo;, selon l\&rsquo;expression de Novalis, et par l{\`a}-m{\^e}me une possibilit{\'e} de transcendance, une promesse de lib{\'e}ration.\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>Pour Juarroz, non seulement la po{\'e}sie exige-t-elle la plus grande disponibilit{\'e} qui soit, en ce qu\&rsquo;elle est la \&laquo;plus grande intensit{\'e} possible du v{\'e}cu\&raquo; (p. 52), mais elle se rapproche en cela de l\&rsquo;amour. Am{\'e}nageant une ouverture sur le sacr{\'e}, puisqu\&rsquo;il est urgent, selon l\&rsquo;auteur, \&laquo;de resacraliser le monde et de restituer {\`a} la vie sa transcendance originelle\&raquo; (p. 29), la po{\'e}sie est {\'e}galement une n{\'e}cessit{\'e} : l\&rsquo;unique voie possible du salut.</div><div>\&nbsp;</div><div>R{\'e}sum{\'e} interpr{\'e}tatif:</div><div>\&nbsp;</div><div><div>Pour Roberto Juarroz, m{\^e}me si la po{\'e}sie et la r{\'e}alit{\'e} \&laquo;ne tiennent pas l\&rsquo;une dans l\&rsquo;autre\&raquo; (p. 8), elles participent d\&rsquo;un m{\^e}me mouvement, d\&rsquo;une m{\^e}me {\'e}coute et, de l{\`a}, il tente de d{\'e}montrer que la seule r{\'e}alit{\'e} absolue est la po{\'e}sie, car elle exige de l\&rsquo;homme qu\&rsquo;il s\&rsquo;inscrive dans le r{\'e}el. En cela, il semble y avoir, \&laquo;au tr{\'e}fonds du r{\'e}el, une demande de narration, d\&rsquo;illumination, de vision et peut-{\^e}tre m{\^e}me d\&rsquo;argument [...] qu\&rsquo;il y ait ou n\&rsquo;y ait pas d\&rsquo;autres sens\&raquo; (p. 10).\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>Se r{\'e}f{\'e}rant {\`a} Paul Klee \&mdash;\&laquo;le visible n\&rsquo;est qu\&rsquo;un exemple du r{\'e}el\&raquo;\&mdash;, Juarroz {\'e}tablit pourtant que la premi{\`e}re condition de la po{\'e}sie est la rupture. Par un acte de transgression du langage, du lieu o{\`u} habite l\&rsquo;{\^e}tre, le po{\`e}te doit en effet briser ses habitudes de perception pour se tourner vers une r{\'e}alit{\'e} autre. La po{\'e}sie ouvre ainsi sur quelque chose de plus riche et d\&rsquo;infini, elle \&laquo;cr{\'e}e plus de r{\'e}alit{\'e}, elle ajoute du r{\'e}el au r{\'e}el, elle est r{\'e}alit{\'e}\&raquo; (p. 16).\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>Juarroz, tout en proposant d\&rsquo;{\'e}tudier la relation entre la r{\'e}alit{\'e} et la po{\'e}sie, nous avertit qu\&rsquo;il \&laquo;n\&rsquo;est pas possible de d{\'e}finir la po{\'e}sie, pas plus qu\&rsquo;il ne l\&rsquo;est de d{\'e}finir la r{\'e}alit{\'e}\&raquo; (p. 13). Mais c\&rsquo;est en acceptant ce paradoxe, celui d\&rsquo;une po{\'e}sie qui se veut {\`a} la fois tentative de saisie du r{\'e}el et impossibilit{\'e} d\&rsquo;y parvenir, que l\&rsquo;{\^e}tre humain acc{\'e}dera {\`a} une vision compl{\`e}te de la r{\'e}alit{\'e}, au c{\oe}ur m{\^e}me de l\&rsquo;indicible.</div><div>\&nbsp;</div><div>De cette n{\'e}cessit{\'e} de vivre et de transcender le r{\'e}el par la parole na{\^\i}t le principe de cr{\'e}ation qui sous-tend l\&rsquo;espace de la po{\'e}sie et celui de la r{\'e}alit{\'e}. \&laquo;Le po{\`e}te cr{\'e}e le po{\`e}me et se cr{\'e}e {\`a} nouveau dans le po{\`e}me. [...] Bien plus encore : je pense que l\&rsquo;unique fa{\c c}on de reconna{\^\i}tre la r{\'e}alit{\'e} et de la recevoir, d\&rsquo;{\^e}tre r{\'e}alit{\'e}, c\&rsquo;est de la cr{\'e}er, en se cr{\'e}ant et r{\'e}cr{\'e}ant avec elle\&raquo; (p. 14).\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>Cette r{\'e}alit{\'e}, dont le principe m{\^e}me est fait d\&rsquo;incertitude, n\&rsquo;est {\'e}trang{\`e}re ni {\`a} la mort ni {\`a} la folie, mais Juarroz les embrasse toutes deux, comme on embrasse la vie car, pour lui, elles font n{\'e}cessairement partie de l\&rsquo;exp{\'e}rience humaine. \&laquo;La po{\'e}sie est exigence extr{\^e}me, rigueur sans appel, perturbation\&raquo; (p. 42) mais, par elle, l\&rsquo;homme peut {\'e}galement r{\'e}unifier imagination et intelligence, pens{\'e}e et amour, action et contemplation.</div><div>\&nbsp;</div><div>La po{\'e}sie est donc un acte de libert{\'e} : une libert{\'e} myst{\'e}rieuse et inali{\'e}nable qui survit {\`a} toutes les r{\'e}pressions, {\`a} toutes les violences, {\`a} tous les d{\'e}sespoirs. Malgr{\'e} les difficult{\'e}s, malgr{\'e} la rigueur et la discipline dont il ne saurait faire l\&rsquo;{\'e}conomie, \&laquo;en cr{\'e}ant, le po{\`e}te lutte pour toute la dignit{\'e} et la grandeur qui le disputent {\`a} la petitesse de l\&rsquo;homme\&raquo; (p. 43). La po{\'e}sie appelle l\&rsquo;homme {\`a} se d{\'e}passer, {\`a} s\&rsquo;accepter, et m{\^e}me {\`a} consid{\'e}rer l\&rsquo;imperfection comme figure de la perfection. Ainsi, au-del{\`a} de la notion philosophique salutaire de la po{\'e}sie s\&rsquo;ouvre celle de la transcendance, li{\'e}e chez Juarroz {\`a} la verticalit{\'e} du po{\`e}me et de l\&rsquo;attente. C\&rsquo;est en effet par cette attente du \&laquo;visiteur qui jamais ne vient\&raquo; (Roger Munier) que le po{\`e}te devient une sorte de mystique {\`a} la recherche d\&rsquo;une resacralisation du monde.\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>En guise de conclusion, Juarroz emprunte les mots de Nietzsche pour rappeler toute l\&rsquo;exigence d\&rsquo;un art po{\'e}tique con{\c c}u comme ultime possibilit{\'e}, radicale d{\'e}possession : \&laquo;Dis ta parole et brise-toi\&raquo;.</div><div>\&nbsp;</div><div>Source : Interligne - UQ{\`A}M (http://www.interligne.uqam.ca/pages/liste_biblio.asp)</div></div>},
	author = {Roberto Juarroz}
}
